Je te dis « VOUS » – Vous me dites « TU » – Les Vendredis Intellos n°8

Cette semaine, j’ai fait deux versions de cet article, un, un peu plus « intellos », qui est publié sur le blog des « Vendredis Intellos « , histoire d’augmenter son contenu et donc sa visibilité, ainsi que pour facilité la lecture des articles (pour que ce soit moins rébarbatif que de devoir cliquer à tout va). Et un autre, celui-ci, dans lequel j’ai rajouté mes pensées et une pointe de notre vie au Poulailler…

 

Mercredi soir, à la télévision sur M6, j’ai entendu (j’étais dans la cuisine, et je ne pouvais qu’entendre) les titres de l’émission 100% Mag, où ils parlaient du vouvoiement des enfants envers leurs parents. Et ça m’a bien fait réfléchir en fait !

Chez les Poulets, c’est tout naturellement que le tutoiement s’est installé entre Poussin et nous. Déjà parce que c’est ainsi que nous avons été élevés (serait-ce une histoire d’éducation et de tradition familiale ?!) et puis, il est de plus en plus rare d’entendre les enfants dire « vous » à leurs parents (peut être aussi une envie de se fondre, encore une fois, dans un moule social ?).

Le fait est, qu’à une certaine époque, l’éducation était ainsi faite. Jusqu’à la fin du 18ème siècle, le « vous » était de rigueur. Puis c’est Jean-Jacques Rousseau qui aurait recommandé de passer au tutoiement au sein de la famille.

Aujourd’hui, seulement 20 000 familles continuent à perpétuer cette tradition (source 100% Mag du 12/10/2011). Il s’agit surtout de grandes familles bourgeoises, aristocratiques ou catholiques.

Quand on y réfléchit bien, vouvoyer ses parents, qu’est-ce que ça change ? A quoi ça sert ?

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que ça ne doit certainement pas changer l’Amour qui existe entre un enfant et ses parents. Certes, le vouvoiement établit de fait une distance entre deux personnes, mais je pense qu’il faut le voir là comme une marque de respect, un simple principe d’éducation, une tradition familiale que l’on souhaite perpétuer, comme un héritage qui se transmet de génération en génération.

Afin d’avoir une base de réflexion sur laquelle m’appuyer, j’ai cherché des livres, articles ou autres, qui traiteraient de ce sujet. Je suis tombée sur de nombreux forums de discussion, preuve que c’est quelque chose qui tient à coeur à ces familles.

Et puis j’ai trouvé un article paru dans « Le Figaro » le 14/10/2007 (il y a tout juste 4 ans), écrit par Angélique Négroni, intitulé : « Le vouvoiement, un usage menacé d’extinction ». Voici cet article :

« ILS le disent tous : vouvoyer sa mère, son père, sa femme ou son mari n’altère en rien les rapports affectifs mais traduit une marque de respect. Combien sont-ils à glisser ce signe de déférence dans leurs échanges ? Le chiffre est difficile à appréhender mais de l’avis des spécialistes, le vouvoiement ou le voussoiement, encore bien ancré il y a quelques années dans certaines familles, est en perte de vitesse. Terrassé par un tutoiement galopant qui s’est répandu dans le monde des entreprises par imitation du modèle anglo-saxon et qui envahit aujourd’hui la sphère privée.
On serait même arrivé aujourd’hui à une étape clé où les nouvelles générations renoncent à transmettre cet héritage. Le plus souvent issus d’un milieu aristocratique, traditionnel et catholique, les nouveaux ou futurs parents qui vouvoient père et mère veulent se faire tutoyer par leurs enfants. C’est le cas d’Armelle, 32 ans. « Ma famille étant très ouverte, on a fréquenté des gens différents où le tutoiement dominait. Je ne me vois pas recourir au vouvoiement avec mes enfants. Ma mère a pu reproduire le schéma classique – je la vouvoie et elle me tutoie – car elle était cantonnée dans son milieu aristocratique de province. » Le brassage social aurait donc raison du vouvoiement. Mais pas seulement.
Pour le linguiste Jacques Durand, la société tend aujourd’hui à se donner une vision d’égalité. « Pour gommer les différences, on renonce au vouvoiement, signe d’appartenance à un milieu, et on s’appelle par nos prénoms », dit-il.
« Le règne de la famille sentimentale »
Jean-Pierre Le Goff, sociologue au CNRS, y voit, lui, le signe que les liens unissant les membres d’une famille ont changé. « Le vouvoiement marquait l’appartenance à une lignée. D’autres priorités guident aujourd’hui les gens. C’est l’affectif, ce besoin de fusionner dans un magma d’amour où le vous n’a plus sa place. C’est le règne de la famille sentimentale », dit-il.
Bien qu’en perte de vitesse, le vouvoiement est indétrônable dans les familles issues de la haute noblesse et de la bourgeoisie fortunée. C’est-à-dire environ 20 000 familles, estime la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Ce noyau dur vouvoie comme il respire, tout naturellement et sans concession. Les enfants vouvoient leurs parents qui font de même avec leurs enfants. Entre époux, le tutoiement a rarement droit à la parole. « On est dans un monde où les fortunes sont importantes. Tout le groupe est mobilisé par la transmission de l’héritage qui doit rester dans la même classe », explique Mme Pinçon-Charlot, auteur d’un ouvrage sur la sociologie de la bourgeoisie. Elle poursuit : « Pour atteindre ce but, chacun a sa place et les hiérarchies sont fortes. Le vouvoiement marque ces rapports sociaux. Ces familles vivent dans un rapport de distance mais aussi de proximité car, comme elles ont de grandes maisons, les rassem­blements des générations sont ­fréquents. »
Ailleurs dans la société, lorsque le vouvoiement résiste à la contagion du tutoiement, il est bien difficile d’en définir les raisons. Car si certaines familles respectent en­core les figures imposées du vouvoiement, d’autres l’utilisent comme bon leur chantent. Quitte à créer parfois des situations un peu compliquées…
« L’enrichissement de la langue»
C’est le cas chez Caroline de La Soudière et Jean-Pierre Niaut, installés près de Chantilly (Oise). « Pour leur apprendre à être responsables », monsieur vouvoie les enfants. Madame les tutoie après les avoir vouvoyés : « Quand ils sont nés, leur apparition était presque divine, alors je les ai vouvoyés. Puis je les ai tutoyés pour leur faire plaisir quand ils ont eu le bac ! » La progéniture, quant à elle, tutoie les parents !
Rares sont les jeunes couples qui, comme Amélie et Éric de Beaumont, la trentaine, ont instauré entre eux le vouvoiement. « On se connaissait depuis l’âge de 13 ans et on se tutoyait. On s’est vouvoyé lors des fiançailles pour singulariser notre relation. On utilise le tutoiement avec nos quatre enfants », explique la jeune femme. « Le vouvoiement est un enrichissement de la langue », plaide Sophie Lefort, catholique pratiquante, vouvoyée par ses cinq enfants. « Pour leur apprendre la règle, j’ai donné l’exemple en vouvoyant mes aînés », dit -elle.
Enfin, il existe cet autre vouvoiement souvent éphémère et qui caractérise les familles recomposées. Il est réservé au beau-père ou à la belle-mère, ces nouveaux venus que l’enfant met un point d’honneur à vouvoyer. « Il marque ainsi ses repères », indique Jean-Pierre Le Goff, en estimant cette attitude salutaire. C’est aussi l’une des rares fois, où l’enfant, dans la sphère familiale, pourra imposer son choix du tu ou du vous. »

Tiré de : Le Figaro

 

En le lisant, j’ai été forcée de constater, et ce même s’il date de 4 ans, que c’est vraiment un usage qui se perd de plus en plus, et que c’est en partie la situation sociale, le mélange des genres et cette volonté d’égalité, qui en sont les principales causes.

En ce qui nous concerne, j’aurais trouvé, chez nous, cette pratique très étrange, presque « dérangeante », parce que nous n’y sommes pas habitués ! Cela ne nous aurait pas semblé naturel, à Poulet et à moi. Cependant, je conçois très bien que les enfants qui ont été élevés avec ces valeurs souhaitent faire durer ce mode éducatif dans leur lignée. Je précise que je ne juge en rien ces familles qui perpétuent cet usage, au contraire, je suis pour la transmission des traditions transgénérationnelles. Et puis, j’ai moi-même vouvoyé ma grand-mère paternelle pendant un peu plus de 5 ans, mais pour des raisons toutes autres, afin de bien marquer le respect que j’avais pour elle quand elle me faisait un peu trop ressentir que je n’obéissais pas assez à son goût… et elle était loin d’en être ravie, mais c’est un autre sujet !

Certains auront reconnu le célèbre film d’Etienne Chatiliez « La Vie est un long fleuve tranquille », dans lequel les enfants Le Quesnoy vouvoient leurs parents (et les parents se vouvoient aussi entre eux). Z’avez vu un peu les références ?!

 

Et vous, vous en pensez quoi ? Si vous aviez été issus d’une famille où le vouvoiement est d’usage, l’auriez-vous, à votre tour, instauré au sein de votre foyer ?

 


Voici ma participation aux Vendredis Intellos, le rendez vous hebdomadaire de la super Madame Déjantée.

Rendez-vous sur Hellocoton !

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Cet article a 12 commentaires

  1. Le vouvoiement ne me choque pas, je ne connais pas de famille où il se pratique. Je comprends l’idée de respect qu’il implique, mais je n’aime pas la distance qu’il met volontairement entre parents et enfants. Pour le tutoiement n’empêche en rien le respect des parents pour leurs enfants et vice versa, pas plus que dans d’autres relations sociales, mais c’est une histoire de culture, de traditions et de visions très personnelles des choses. Par contre ce qui me fait bondir dans l’appellation entre parents et enfants, ce sont les enfants qui appellent leurs parents par leurs prénoms!! Là franchement je ne peux pas!!! encore une fois c’est très personnel…

    1. Je suis du même avis que toi, du côté de mon papa, ils sont 4 enfants et ils appellent tous leurs parents par leur prénom et je n’aime pas ça non plus ! (d’ailleurs je crois que ma grand-mère n’apprécie pas trop non plus…)

  2. Du côté de maman, c’est resté très fort… ma grand-mère nous vouvoyait, mes grandes-tantes également, mais c’était dans l’autre sens: les adultes vouvoyent les plus jeunes… Marque de respect aussi je trouve :-)!

    1. C’est peut être pour montrer l’exemple, comme quoi il faut être respectueux envers les autres ? Et puis, c’est aussi une question d’habitude et de culture. Après réflexion, quand je vois le manque de respect qu’il y a parfois venant des jeunes enfants, je me dis que finalement c’était peut être bien ?!

  3. Moi, cela fait « mal à mon coeur de maman » quand j’entend des enfants ou des parents se vouvoyer, je trouve que cela met un fossé entre les deux, que cela manque d’amour (dans la façon de parler car je ne doute pas que ces parents aiment leur enfants).
    Je vouvoye seulement les personnes que je ne connais pas ou mes supérieures, et quand j’en viens au tutoiment, c’est que j’ai confiance dans les relations avec la personne que je me sens bien (dans la vie réel, car sur internet, je crois que je tutoie tout le monde).
    J’ai tutoyé mes beaux-parents pendant environ deux ans, par respect, timidité, et ma belle-mère à été folle de joie la première fois que je l’ai tutoyé. Et je la comprend car cela marquait une vrai unité familiale entre nous !!!
    Bonne journée !!!

    1. Moi aussi je trouve que ça met un fossé immense. Je vouvoie mes beaux parents, avec beaucoup de mal je l’avoue (j’ai pris l’habitude de tutoyer tout le monde) cela fait 7 ans maintenant. Quelque fois j’ai des ratés mais jamais ils ne m’ont dit de les tutoyer, ils sont assez « vieille france » et très soucieux du respect (pourtant ça ne changerait en rien le respect que j’ai pour eux…). Et en plus, j’en meurs d’envie !!!
      Bonne soirée

  4. De là où je viens, le vouvoiement n’existe pas. Mais il est hors de question d’appeler un adulte par son prénom ou même son grand frère ou sa grande soeur. Ma belle-soeur vient du Japon et chez eux, c’est pareil : ses petits frères l’appellent Onejâ (et pas par son prénom) c’est une marque de respect vis à vis des plus âgés. Le vouvoiement dans les familles, je connais bien du fait d’avoir fréquenté cette aristocratie catholique à l’école. Je ne pense pas que ça change quoique ce soit dans les sentiments. On voit bien au travail qu’on se tutoie tous alors qu’on n’a pas forcément de sympathie envers certains collègues. Et puis, je trouve plus joli d’entendre « Mère, je vous aime » que « maman, tu m’emm*rdes! » Parce qu’avec le vouvoiement, ça limite pas mal les débordements de langages. Petite précision : en Anglais, il n’y a pas de tutoiement. Cette forme n’est utilisée que dans la Bible ou dans la vieille littérature (Shakespeare).
    Sinon, pour ma part, je tutoie mon fils et il me tutoiera!

    1. C’est certain que le vouvoiement, de par cette barrière, limite les débordements, on m’a toujours dit, au travail, que ce serait plus facile de mettre les choses au point avec son chef si on le vouvoie, plutôt que si on le tutoie…
      C’est vrai qu’en anglais le « you » simplifie bien les choses, à croire que seule la langue française aime les compliquer !
      Merci pour ton commentaire très intéressant 🙂

  5. Je me souviens avoir vouvoyé ma grand-mère une fois, j’étais un peu intimidée… elle a fait une de ces têtes ! Le vouvoiement ne me dérange pas, ça a même un cote désuet que je trouve charmant mais ça doit quand même un peu être la galère a instauré. Dans une société où la différence n’est pas forcement bien vécue, je ne tiens pas à compliquer les choses pour mon petit bout et puis… ce n’est pas une tradition familiale alors !

    1. C’est sûr que c’est une habitude à faire prendre dès tout petit, mais comme tu dis, c’est une marque de « différence » et elle n’est malheureusement pas bien vue de nos jours…

  6. Bravo pour cet article très intéressant 😉
    Ce n’est vraiment pas le genre de ma famille ni de ma belle famille mais c’est une coutume que je respecte ..
    Bises

    1. Merci Fleur007 🙂
      Ce n’est pas du tout le genre de la mienne non plus, en revanche, du côté de mes beaux parents, le vouvoiement de leurs gendre et belle fille est quasi imposé (en tout cas, en 7 ans, ils ne m’ont jamais autorisée à les tutoyer et pourtant ils disent que je suis comme leur fille…)
      Bisous

Laisser un commentaire

Cochez cette case pour choisir un article à mettre en avant

Comments links could be nofollow free.